Dans ma maison

« Dans ma maison »

La maison : rien n'est plus commun et familier que cet objet architectural, un toit et des murs, un abri où l'on se sent chez soi. Et pourtant quelle diversité dans la déclinaison de ses formes, de la maison individuelle à l'appartement situé dans un immeuble ou une tour, du pavillon au studio ! Type d'habitat associé à l'organisation de la société, la maison, dans la multiplicité de ses configurations, reflète la variété de nos modes de vie : cellule familiale, colocation, EHPAD, foyer étudiant... L'habitat constitue par ailleurs un marqueur prépondérant de la différenciation sociale, selon que l'on ait ou pas un toit, que l'on soit locataire ou propriétaire, que l'on habite un immeuble de standing ou un logement exigu, insalubre.

Dans presque toutes les conceptions occidentales de l'habitat, héritées de l'Antiquité, deux caractéristiques dominent : d'une part, la maison instaure une séparation entre le domaine privé du foyer et le monde public de la cité ; d'autre part, la disposition spatiale et les fonctions des pièces de la maison traduisent des usages différenciés : chambres et lieux conviviaux, lieux ouverts et pièces privées. Mais ne devient-il pas difficile, notamment avec le développement du travail à distance, de distinguer espace public et espace intime ?

La clôture architecturale de la maison semble favoriser le repli heureux sur soi, seul ou au sein d'une communauté choisie. Mais si la maison offre une protection, si elle permet l'isolement, la solitude volontaire ou la retraite enchantée, ne peut-elle aussi devenir le lieu de la réclusion subie, du retrait frileux et craintif, de la dérobade face aux désordres du monde ? Sans doute, en vertu des lois de l'hospitalité, la maison peut-elle être accueillante ; mais elle se révèle parfois secrète, hostile et le huis clos devient le théâtre des conflits et des tragédies familiales.

Espace symbolique autant qu'architectural, la maison nous fait entrer dans les domaines de l'imaginaire et du rêve. Intimement liée à notre identité profonde, la maison d'enfance est l'écrin de nos plus anciens souvenirs, de nos premières émotions. Mais la maison est aussi au croisement d'enjeux très concrets : confort, décoration, normes environnementales, sécurité et accessibilité. Entre rêve et réalité, la maison peut-elle répondre à autant d'aspirations différentes et parfois contradictoires sans tomber dans la standardisation et le conformisme ?

un ouvrage à consulter

La maison, le chez-soi : de ce sujet, on a souvent l'impression qu'il n'y a rien à dire. Pourtant, la maison est aussi une base arrière où l'on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs, résister à l'éparpillement et à la dissolution. Un bel essai, intelligent et sensible, par l'auteure de Beauté fatale.

Le foyer, un lieu de repli frileux où l'on s'avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l'on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l'ardeur que l'on met à se blottir chez soi ou à rêver de l'habitation idéale s'exprime ce qu'il nous reste de vitalité, de foi en l'avenir.
Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l'on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l'état de " famine temporelle " qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question " Qui fait le ménage ? ", persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l'on rencontre des modes de vie bien plus inventifs...
Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d'y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Chez soi. Une odyssée de l'espace domestique

Se sentir chez soi

    

Du Bellay «  heureux qui comme Ulysse »

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

« La maison, le lieu de tous nos états » ? Isabelle Taubes

La fonction première de notre maison est de nous abriter. Mais inconsciemment, c’est aussi et surtout un prolongement de notre moi et de notre corps.

Face à un danger imminent, on dit qu’il y a péril en la demeure. D’une personne totalement déboussolée, on dit qu’elle ne sait plus où elle habite. Lorsque quelqu’un agit de manière insensée, on dit qu’il déménage. La sagesse populaire vient conforter les intuitions de la psychanalyse quand elle met en relation nos états intérieurs et notre "intérieur". Selon elle, c’est l’animal en nous, avec ses instincts, son odorat, qui s’exprime lorsqu’il s’agit de s’installer dans ce territoire privé qu’est notre habitation.

« Pour se regrouper, se protéger et se distinguer des autres, toutes les espèces animales ont besoin d’un territoire qu’elles imprègnent de leur odeur, de leurs habitudes, constate la psychanalyste Nathalie Menant. La nôtre ne fait pas exception. »

Se “sentir” chez soi

Emménager dans un nouvel appartement, c’est en premier lieu éliminer les traces de l’ancien occupant. « J’ai hésité à prendre mon appartement à cause de l’odeur d’eau de Javel que semblait affectionner l’ancien locataire, se souvient Nadia. Or, pour être bien chez moi, je dois avoir l’impression qu’aucune odeur autre que la mienne ne flotte dans l’air. D’ailleurs, les jours où la femme de ménage vient, mon premier geste le soir quand je rentre est d’ouvrir les fenêtres en grand. »

« Se sentir chez soi, c’est d’abord réussir à imprégner ce lieu d’effluves odorants familiers, confirme Pierre Soler, psychologue. Notre habitation devient ainsi une part de nous-même à laquelle nous pouvons nous identifier. » Ce n’est donc pas un hasard si nous l’appelons notre "intérieur".

Une seconde peau

Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’obligation de quitter son lieu d’habitation est toujours un traumatisme. A notre époque caractérisée par la précarité, le chômage et l’endettement, il est rassurant de pouvoir penser : « Quoi qu’il arrive, je suis propriétaire de mes murs, je garderai un toit, une protection sur la tête. »

Les rares psys qui ont travaillé avec les sans domicile fixe constatent que la privation d’un chez-soi est toujours catastrophique. « Atteint dans son intégrité psychique, dans son identité, l’individu peut sombrer dans une pathologie tant psychologique que somatique », notent Patrick Cuynet, psychologue, et Sophie de Mijolla-Mellor, psychanalyste, dans leur introduction à La Maison familiale (Revue “Le Divan familial”).

En cas d’effraction ou d’intrusion (vol, perquisition), les murs perdent leur rôle protecteur de seconde peau et l’angoisse surgit immédiatement. « Après avoir été cambriolée, j’ai fait des cauchemars pendant des mois. J’avais la sensation d’avoir été souillée, violée, explique Dominique. De plus, les cambrioleurs avaient laissé une énorme crotte au milieu du salon. C’est une signature fréquente, m’a dit le commissaire, une façon de dire : “Chez toi, je suis chez moi.” »

Mais « une simple petite fuite d’eau peut également être vécue comme un danger pour notre intégrité, souligne Pierre Soler. Surtout si elle est causée par des voisins ». Même chose pour les bruits du dehors, susceptibles d’entraîner un sentiment de persécution, de rendre paranoïaque quand ils sont trop envahissants. Tout cela renvoie à l’idée du philosophe Heidegger pour qui « être, habiter et penser » sont une seule et même chose.

“Notre coin du monde”

« L’individu répète et projette dans sa maison ce qu’il vit intérieurement », résume le psychanalyste Alberto Eiguer. De la même façon que notre vie psychique est organisée par ces forces intérieures que sont les pulsions, dans notre habitat, chaque pièce a une fonction précise sur le plan pulsionnel. La cuisine et la salle à manger sont le lieu de satisfaction des pulsions orales qui commandent le plaisir de bouche.

Au salon s’assouvissent la pulsion scopique (le regard) et la pulsion invocante, liée à la voix, puisque, habituellement, on y regarde la télévision, on y discute avec les amis… « Le salon est un lieu d’échange, de transition entre le privé et le public, poursuit Nathalie Menant. On n’invite jamais le plombier ou l’électricien dans la chambre à coucher, on les fait attendre au salon ou, plus neutre, dans le couloir. »

Les sanitaires sont le domaine de la pulsion anale, régissant le rapport aux produits qui sortent du corps, à la saleté et à la propreté. Comme pour conjurer l’impureté qui les marque, il est fréquent que l’on s’efforce de les rendre impersonnels, "inodores".

« La maison est notre coin du monde », disait Bachelard. C’est particulièrement vrai de la chambre à coucher, royaume de la pulsion érotique, des fantasmes et des rêves. Pour les enfants, celle des parents est le lieu de tous les mystères : autorisée à certaines heures, elle est interdite à d’autres, et il en émane des bruits parfois angoissants. Selon les psys, ce qui s’y déroule structure la relation des enfants au désir de savoir et de découvrir.

La place des secrets

Les habitations modernes sont privées de greniers et les caves sont souvent collectives. « Autrefois, ces pièces étaient l’inconscient de la maison, le trésor des souvenirs enfouis de ses habitants », rappelle Nathalie Menant. Aujourd’hui, ce sont les placards, les armoires, les tiroirs qui tiennent ce rôle. Pour écarter une personne, l’oublier, ne dit-on pas qu’on "la met au placard" ? D’ailleurs, pour désigner un douloureux secret, on parle de "cadavre dans le placard".

Portes et cloisons font de chaque pièce un espace clos qui rappelle un peu le ventre maternel. Sécurisante pour les anxieux, cette fonction séparatrice peut aussi paraître frustrante. « Je n’aime que les lofts, hauts de plafonds, sans limite, explique Eve, une jeune femme éprise d’art et de voyages. C’est comme si les portes et les cloisons risquaient d’emprisonner et de brider mon imagination. » En revanche, Marie privilégie les petites pièces, les espaces bien cloisonnés. « Pour moi, qui suis une grande angoissée, ils sont un soutien, une armure protectrice. »

“Le désordre, c’est la vie”

Certaines personnalités sont inconsciemment très marquées par la phase d’apprentissage de la propreté, et particulièrement obsédées par l’ordre et l’hygiène. Mais, presque toujours, elles se réservent un petit coin pour la "crasse", le laisser-aller. Ainsi, Antoine, amoureux de l’ordre, laissera bizarrement s’accumuler, pendant des mois, au pied de son lit, des piles de magazines, rendant l’endroit impraticable. Comme s’il souhaitait se préserver un petit coin de liberté.

Mais l’amour du désordre ne rime pas forcément avec goût de la saleté. « Vivre dans le chaos, c’est aussi se créer un espace intime en perpétuel mouvement, rien de mieux pour exorciser l’angoisse de la mort, précise Nathalie Menant. Après tout, la vie c’est le désordre ! » C’est aussi les émotions, les souvenirs. Or, « la maison permet justement de relier tous les moments émotionnellement intenses, constate Alberto Eiguer. Tout cela pour notre plus grand bonheur. Rentrer chez soi représente les retrouvailles avec une atmosphère unique, avec un lieu où l’on existe de façon détendue et sans manières. » Un lieu où l’on est vraiment soi.

Le choix des nomades

« Vivre à l’hôtel… fini les corvées, les courses, le ménage, la cuisine. » Qui ne s’est jamais surpris à nourrir de telles pensées ? Pour le psychologue Pierre Soler, elles renvoient au fantasme d’être un éternel enfant et d’échapper à son histoire. « Il y a comme une fuite dans la décision ou le rêve d’habiter l’hôtel. Lieu par définition provisoire, nous n’avons pas à l’investir puisqu’il ne nous appartient pas. »

Le chez-soi, à l’inverse, nous confronte à nos responsabilités : chauffe-eau ou frigo en panne… « Ces ratés du quotidien nous renvoient au manque toujours possible. Ils nous rappellent nos failles et notre vulnérabilité d’humains ». Qui vit à l’hôtel ? Longtemps cela a été le lot de la "bohème" éprise de liberté. « Aujourd’hui, ce sont souvent les personnes mal insérées socialement, ou les stars, qui ont choisi de vivre dans le paraître. »

Banlieues

Les cubes de banlieues sont une catastrophe psychique

« L’anonymat des grands ensembles de banlieues, avec des appartements identiques, est une catastrophe sur le plan psychologique », affirme François Vigouroux, neuropsychiatre. Cela expliquerait en grande partie les pathologies des cités : violence, toxicomanie…

« A tous loger dans des cubes similaires, sans particularité, on perd ses repères. Surtout quand ces espaces sont violés par des intrusions, des bruits de voisinage incessants et dégradés par des graffitis. C’est la vie intérieure de ceux qui y vivent, leur intimité, qui est dangereusement mise à nu. Il serait important que les architectes le comprennent et qu’ils réalisent que leur rôle est aussi de tenir compte des besoins profonds des habitants. »

Les rêveries du promeneur solitaire, Rousseau

Après avoir un peu cherché, nous nous fixâmes aux Charmettes, une terre de M. de Conzié à la porte de Chambéri, mais retirée & solitaire comme si l’on étoit à cent lieues. Entre deux coteaux assez élevés est un petit vallon nord & sud au fond duquel coule une rigole entre des cailloux & des arbres. Le long de ce vallon à mi-côte sont quelques maisons éparses fort agréables pour quiconque aime un asyle un peu sauvage & retiré. Après avoir essayé deux ou trois fois de ces maisons, nous choisîmes enfin la plus jolie, appartenant à un gentilhomme qui étoit au service, appellé M. Noiret. La maison étoit très-logeable. Au-devant étoit un jardin en terrasse, une vigne au-dessus, un verger au-dessous & vis-à-vis un petit bois de Châtaigniers, une fontaine à portée; plus haut dans la montagne des près pour l’entretien du bétail; enfin tout ce qu’il falloit pour le petit ménage champêtre que nous y voulions établir. Autant que je puis me rappeller les tems & les dates, nous en prîmes possession vers la fin de l’été de 1736. J’étois transporté le premier [298] jour que nous y couchâmes. O Maman! dis-je à cette chere amie en l’embrassant & l’inondant de larmes d’attendrissement & de joie: ce séjour est celui du bonheur & de l’innocence. Si nous ne les trouvons pas ici l’un avec l’autre, il ne les faut chercher nulle part.

Maison et matérialité

Joris-Karl Huysmans, À rebours, 1884, extrait du chapitre 1.

Le narrateur, Des Esseintes, afin de déterminer le décor et l'ameublement de sa maison, passe en revue les possibilités des différentes couleurs et nuances qu'il pourrait retenir

Il songeait simplement à se composer, pour son plaisir personnel et non plus pour l’étonnement des autres, un intérieur confortable et paré néanmoins d’une façon rare, à se façonner une installation curieuse et calme, appropriée aux besoins de sa future solitude.

Lorsque la maison de Fontenay fut prête et agencée, suivant ses désirs et ses plans, par un architecte ; lorsqu’il ne resta plus qu’à déterminer l’ordonnance de l’ameublement et du décor, il passa de nouveau et longuement en revue la série des couleurs et des nuances.

Ce qu’il voulait, c’étaient des couleurs dont l’expression s’affirmât aux lumières factices des lampes ; peu lui importait même qu’elles fussent, aux lueurs du jour, insipides ou rêches, car il ne vivait guère que la nuit, pensant qu’on était mieux chez soi, plus seul, et que l’esprit ne s’excitait et ne crépitait réellement qu’au contact voisin de l’ombre ; il trouvait aussi une jouissance particulière à se tenir dans une chambre largement éclairée, seule éveillée et debout, au milieu des maisons enténébrées et endormies, une sorte de jouissance où il entrait peut-être une pointe de vanité, une , une satisfaction toute singulière, que connaissent les travailleurs attardés alors que, soulevant les rideaux des fenêtres, ils s’aperçoivent autour d’eux que tout est éteint, que tout est muet, que tout est mort. Lentement, il tria, un à un, les tons. Le bleu tire aux flambeaux sur un faux vert ; s’il est foncé comme le cobalt et l’indigo, il devient noir ; s’il est clair, il tourne au gris ; s’il est sincère et doux comme la turquoise, il se ternit et se glace. À moins donc de l’associer, ainsi qu’un adjuvant, à une autre couleur, il ne pouvait être question d’en faire la note dominante d’une pièce.

Perec, Les choses, 1965                                                   

Georges Perec décrit  dans ce roman la vie quotidienne d'un jeune couple d'aujourd'hui issu des classes moyennes, l'idée que ces jeunes gens se font du bonheur. Le texte est l’incipit du roman

L'oeil, d'abord, glisserait sur la moquette grise d'un long corridor, haut et étroit. Les murs seraient des placards de bois clair, dont les ferrures de cuivre luiraient. Trois gravures, représentant l'une Thunderbird, vainqueur à Epsom, l'autre un navire à aubes, le Ville-de-Montereau, la troisième une locomotive de Stephenson, mèneraient à une tenture de cuir, retenue par de gros anneaux de bois noir veiné, et qu'un simple geste suffirait à faire glisser. La moquette, alors, laisserait place à un parquet presque jaune, que trois tapis aux couleurs éteintes recouvriraient partiellement.

Ce serait une salle de séjour, longue de sept mètres environ, large de trois. A gauche, dans une sorte d'alcôve, un gros divan de cuir noir fatigué serait flanqué de deux bibliothèques en merisier pâle où des livres s'entasseraient pêle-mêle. Au-dessus du divan, un portulan occuperait toute la longueur du panneau. Au-delà d'une petite table basse, sous un tapis de prière en soie, accroché au mur par trois clous de cuivre à grosses têtes, et qui ferait pendant à la tenture de cuir, un autre divan, perpendiculaire au premier, recouvert de velours brun clair, conduirait à un petit meuble haut sur pieds, laqué de rouge sombre, garni de trois étagères qui supporteraient des bibelots : des agates et des œufs de pierre, des boîtes à priser, des bonbonnières, des cendriers de jade, une coquille de nacre, une montre de gousset en argent, un verre taillé, une pyramide de cristal, une miniature dans un cadre ovale. Puis, loin, après une porte capitonnée, des rayonnages superposés, faisant le coin, contiendraient des coffrets et des disques, à côté d'un électrophone fermé dont on n'apercevrait que quatre boutons d'acier guilloché, et que surmonterait une gravure représentant le Grand Défilé de la fête du Carrousel. De la fenêtre, garnie de rideaux blancs et bruns imitant la toile de Jouy, on découvrirait quelques arbres, un parc minuscule, un bout de rue. Un secrétaire à rideau encombré de papiers, de plumiers, s'accompagnerait d'un petit fauteuil canné. Une athénienne supporterait un téléphone, un agenda de cuir, un bloc-notes. Puis, au-delà d'une autre porte, après une bibliothèque pivotante, basse et carrée, surmontée d'un grand vase cylindrique à décor bleu, rempli de jaunes, et que surplomberait une glace oblongue sertie dans un cadre d'acajou, une table étroite, garnie de deux banquettes tendues d'écossais, ramènerait à la tenture de cuir.

Tout serait brun, ocre, fauve, jaune : un univers de couleurs un peu passées, aux tons soigneusement, presque précieusement dosés, au milieu desquelles surprendraient quelques taches plus claires, l'orange presque criard d'un coussin, quelques volumes bariolés perdus dans les reliures. En plein jour, la lumière, entrant à flots, rendrait cette pièce un peu triste, malgré les roses. Ce serait une pièce du soir. Alors, l'hiver, rideaux tirés, avec quelques points de lumière – le coin des bibliothèques, la discothèque, le secrétaire, la table basse entre les deux canapés, les vagues reflets dans le miroir – et les grandes zones d'ombres où brilleraient toutes les choses, le bois poli, la soie lourde et riche, le cristal taillé, le cuir assoupli, elle serait havre de paix, terre de bonheur.

Le chat, la belette et le petit lapin , La Fontaine

Du palais d'un jeune Lapin
Dame Belette un beau matin
S'empara ; c'est une rusée.
Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates (1) un jour
Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour,
Parmi le thym et la rosée.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
Ô Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
Dit l'animal chassé du paternel logis :
Ô là, Madame la Belette,
Que l'on déloge sans trompette (2),
Ou je vais avertir tous les rats du pays.
La Dame au nez pointu répondit que la terre
Etait au premier occupant.
C'était un beau sujet de guerre
Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
Et quand ce serait un Royaume
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi (3)
A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi.
Jean Lapin allégua la coutume et l'usage (4).
Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean transmis.
Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
Or bien sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.(5)
C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite(6),
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud (7) leur dit : Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
L'un et l'autre approcha ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
Les petits souverains se rapportants aux Rois.

Ma maison c’est la rue

Texte de Hassin  « Vivre dans la rue ».( conférence sur l'exclusion)

 

« Vivre dans la rue » - Jacques Hassin

Des gens vivent dans les rues de nos villes. C'étaient les Gueux, les Va-nu-pieds, les Inutiles au monde. Ce sont les Sans domicile fixe, les Clochards, les Zonards. Ils seraient aujourd'hui 10 à 15000 à Paris, dont 15% de femmes. Comment ces personnes vivent-elles ? Et comment peut-on les aider ?

J’évoquerai ici l’expérience qui peut être celle de ces gens. Je le ferai depuis ma place de soignant, qui m’offre une vision forcément partielle. Certains signes permettent cependant de saisir, de l’extérieur, ce que vivent ces personnes. Ils concernent en particulier le rapport au corps, ainsi que le rapport au temps et à l’espace.

Dans la rue, on meurt tôt ; la moyenne d’âge de cette population est de 53 ans. On y meurt le plus souvent de maladies qui auraient pu être soignées. Car la santé n’est pas le premier souci, l’hygiène non plus : le corps, ce sont d’abord les besoins vitaux. Chaque soir, il faut trouver où dormir. Chaque jour il faut trouver à manger. On s’étonne parfois de ce qu’“ils font la manche pour acheter de l’alcool et des cigarettes.” Oui. Et l’inverse est tout aussi vrai : beaucoup disent qu’ils sont incapables de faire la manche s’ils ne sont pas ivres. Pour ces personnes qui consomment parfois jusqu’à 10 litres de vin par jour, on peut parler d’“alcoolomanie”

La résistance à la douleur et à la dégradation physique s’accroît d’autant

[…]. La prise en charge de gens aussi déstructurés ne doit pas relever de l’improvisation. Un élan de générosité ne suffit pas. Il peut même s’avérer néfaste, pour celui qui en est à l’origine, comme pour celui qu’on veut aider. Bénévolat ne signifie pas incompétence. On peut devenir bénévole après une formation et s’engager à être présent régulièrement au sein d’une équipe. Surtout, il est essentiel de s’interroger sur les raisons pour lesquelles on se propose d’aider les gens. Aider des “SDF”, ce n’est pas les sauver

Des gens vivent dans les rues de nos villes. C'étaient les Gueux, les Va-nu-pieds, les Inutiles au monde. Ce sont les Sans domicile fixe, les Clochards, les Zonards. Ils seraient aujourd'hui 10 à 15000 à Paris, dont 15% de femmes. Comment ces personnes vivent-elles ? Et comment peut-on les aider ?

Comment vit-on dans la rue ?

J'évoquerai ici l'expérience qui peut être celle de ces gens. Je le ferai depuis ma place de soignant, qui m'offre une vision forcément partielle. Certains signes permettent cependant de saisir, de l'extérieur, ce que vivent ces personnes. Ils concernent en particulier le rapport au corps, ainsi que le rapport au temps et à l'espace.

Manger, boire, dormir

Dans la rue, on meurt tôt - la moyenne d'âge de cette population est de 53 ans. On y meurt le plus souvent de maladies qui auraient pu être soignées. Car la santé n'est pas le premier souci, l'hygiène non plus : le corps, ce sont d'abord les besoins vitaux.

Chaque soir il faut trouver où dormir. Chaque jour il faut trouver à manger. On s'étonne parfois de ce qu'« ils font la manche pour acheter de l'alcool et des cigarettes ». Oui. Et l'inverse est tout aussi vrai : beaucoup disent qu'ils sont incapables de faire la manche s'ils ne sont pas ivres. Pour ces personnes qui consomment parfois jusqu'à 10 litres de vin par jour, on peut parler d'« alcoolomanie ».

La résistance à la douleur et à la dégradation physique s'accroît d'autant. Les lésions corporelles ne sont pas soignées. Il peut sembler étonnant que quelqu'un refuse un traitement au risque, par exemple, de se faire amputer. Mais pour se représenter ce que serait la vie avec une jambe en moins, il faut une perception globale de son corps, au-delà des besoins immédiats - il faut pouvoir se projeter dans l'avenir.

Enfermés dans le présent

Quand nous arrivons à entrer en contact et à parler avec eux, les gens de la rue font presque toujours état d'un changement brutal, d'un grand malheur arrivé dans leur vie : avant, j'avais une vie normale ; puis il y a eu un accident ; j'ai perdu mon boulot, mon logement, et je me suis retrouvé à la rue. Mais ces récits de vie recouvrent d'autres choses : ces gens ont souvent connu, dans leur enfance, la violence, l'abandon familial, l'inceste - et ces histoires-là ne se racontent pas au tout-venant.

Autre phénomène, disons-le, troublant : ces personnes ne se suicident pas. Quand on connaît leurs conditions de vie, comment ne pas se dire : « si j'étais à leur place... » ? Mais se suicider, c'est refuser un avenir. Or pour les gens de la rue, l'avenir n'existe pas. Il est nié.

Tout ce qui est nouveau est perçu comme menaçant. Leurs rendez-vous avec des médecins et des assistants sociaux sont presque toujours manqués. Ce sont des gens qui vivent sans aucun calendrier, en s'enfermant peu à peu dans la répétition mécanique du présent. Quand on est à la rue, il n'y a plus de jours de la semaine, plus de mois ni d'années : le temps se déroule de manière circulaire.

Isolés dans l'espace public

Il faut le dire avec force : personne, vraiment personne, ne peut choisir de vivre une vie pareille. Le plus difficile, c'est sans doute l'isolement psycho-affectif. Comme le dit Xavier Emmanuelli, ce sont des « hommes invisibles » - qui pourtant sont toute la journée à côté de nous. Mais les passants, ils passent : le contact direct n'existe plus, les regards se détournent.

Vivre dans la rue, c’est être en marge, pas totalement en dehors

Image de Soulas " Sortir de l'exclusion"

Soulas - Atelier An. Girard

 

La Croix  le 14/11/2006 à 22:00  Modifié le 14/11/2006 à 21:24

 Les exclus croient toujours à la politique

Selon un sondage CSA pour la Fnars et « La Croix », réalisé à six mois de l'élection présidentielle, les personnes sans domicile fixe pensent que les hommes politiques auraient les moyens d'améliorer leur sort mais doutent qu'ils en aient la volonté

Une vingtaine de SDF est rassemblée sur la place du capitole à Toulouse, le 26 octobre, pour protester "contre la politique répressive municipale visant à exclure les SDF de la ville" (photo Bonaventure/AFP)
 

Douze ans après un sondage, le premier du genre, qui interrogeait les personnes sans domicile fixe sur leurs aspirations en termes d'intégration et leurs opinions politiques, l'institut CSA, pour La Croix et la Fnars (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale), a reposé les mêmes questions, dans un contexte similaire : une période de campagne présidentielle. Or il se trouve que les chiffres ont singulièrement évolué.

Les exclus revendiquent davantage le droit de jouer un rôle dans la société : à la veille de l'élection de 1994, ils étaient 28 % à vouloir s'intégrer à la société française ; ils sont 35 % en 2006. Ceux qui veulent la transformer représentent 30% des sondés ; c'est 10 points de plus qu'en 1994. À l'inverse, et, en toute logique, ils sont aussi moins nombreux à vouloir vivre en marge : 7 % contre 9 % en 1994.

La tendance lourde qui se dégage des entretiens avec les 493 personnes sans domicile fixe interrogées du 30 octobre au 10 novembre dernier peut donc se résumer ainsi : un toit mais pas seulement, les exclus veulent aussi avoir une voix.

« Le premier enseignement de ce rapport, juge Jean-Daniel Levy, directeur de cette étude à l'institut CSA, c'est qu'un certain optimisme demeure, optimisme que dément pourtant souvent la réalité : 77 % pensent que, d'ici un ou deux ans, leur situation personnelle ira mieux alors qu'on sait que ce n'est malheureusement pas confirmé par les statistiques. »

Parmi ces 77 %, les sondés attribuent l'amélioration possible de leur situation à l'obtention d'un logement stable (87 %), d'un emploi (76 %) ou à la constitution d'une famille (46 %). Mais ils sont aussi 44 % à penser qu'une grande transformation sociale et politique participerait à l'amélioration de leur sort alors qu'ils n'étaient que 25 % à y croire en 1997, lors d'un autre sondage sur le même modèle.

« Les exclus ne sont pas des révoltés »

« Les exclus ne sont pas des révoltés », précise Nicole Maestracci, présidente de la Fnars, qui a participé à l'élaboration de ce sondage. « Leurs aspirations sont proches de celles de la société, dit-elle. Mais elles sont souvent ignorées ou méconnues. D'où l'intérêt d'une enquête qui remet en cause les idées reçues. »

Les expulsés d’Ernest Pignon Ernest

Les expulsés »d'Ernest Pignon Ernest – artscassin – accueil

 

Entre intimité et promiscuité : le motif de la fenêtre

Hitchcock, Fenêtre sur cour

 

Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris

Les Fenêtres

      Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
      Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
      Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
      Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
      Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

     

Renan Luce , « Les Voisines »

J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
Dont les ombres chinoises ondulent sur les volets
Je me suis inventé un amour pantomime
Où glissent en or et noir tes bas sur tes mollets

De ma fenêtre en face
J'caresse le plexiglas
J'maudis les techniciens
Dont les stores vénitiens
Découpent en tranches
La moindre pervenche
Déshabillée

J'ai toujours préféré aux voisins les voisines

J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
Qui sèchent leurs dentelles au vent sur les balcons
C'est un peu toi qui danse quand danse la mousseline
Invitée au grand bal de tes slips en coton

De ma fenêtre en face
J'caresse le plexiglas
Je maudis les méninges
Inventeurs du sèche-linge
Plus de lèche-vitrine
À ces cache-poitrines
Que tu séchais

J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
J'ai toujours préféré aux voisins les voisines

J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
Qui vident leurs armoires en quête d'une décision

Dans une heure environ tu choisiras le jean
Tu l'enfil'ras bien sûr dans mon champ de vision

De ma fenêtre en face
J'caresse le plexiglas
Concurrence déloyale
De ton chauffage central
Une buée dense
Interrompt ma transe
Puis des épais rideaux
Et c'est la goutte d'eau
Un raval'ment d'façade
Me cache ta palissade
Une maison de retraite
Construite devant ma f'nêtre
Sur un fil par centaines
Sèchent d'immenses gaines

J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
J'ai toujours préféré aux voisins les voisines

J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
J'ai toujours préféré aux voisins les voisines
J'ai toujours préféré aux voisins les voisines

Edward Hopper  Morning Sun, 1952

Edward Hopper ; figure de proue du mouvement naturaliste du XX° siècle, fut sans nul doute un des plus grands témoins du quotidien des Hommes. Il capta avec une intensité et une sensibilité folle la vie américaine ; sa vie et celles de ses semblables. La nostalgie d’une Amérique passée et l’aire nouvelle de la modernité, sont les poncifs récurrents de son œuvre

Morning Sun | Je beurre ma tartine.

Lieu des émotions

Barbara  « Ma maison »

Je m'invente un pays où vivent des soleils
Qui incendient les mers et consument les nuits
Les grands soleils de feu, de bronze ou de vermeil
Les grandes fleurs soleils, les grands soleils soucis
Ce pays est un rêve où rêvent mes saisons
Et dans ce pays-là, j'ai bâti ma maison

Ma maison est un bois, mais c'est presque un jardin
Qui danse au crépuscule, autour d'un feu qui chante
Où les fleurs se mirent dans un lac sans tain
Et leurs images embaument aux brises frissonnantes
Aussi folle que l'aube, aussi belle que l'ombre
Dans cette maison-là, j'ai installé ma chambre

Ma chambre est une église où je suis, à la fois
Si je hante un instant, ce monument étrange
Et le prêtre et le Dieu, et le doute, à la fois

Et l'amour et la femme, et le démon et l'ange
Au ciel de mon église, brûle un soleil de nuit
Dans cette chambre-là, j'y ai couché mon lit

Mon lit est une arène où se mène un combat
Sans merci, sans repos, je repars, tu reviens
Une arène où l'on meurt aussi souvent que ça
Mais où l'on vit, pourtant, sans penser à demain
Où mes grandes fatigues chantent quand je m'endors
Je sais que, dans ce lit, j'ai ma vie, j'ai ma mort

Je m'invente un pays où vivent des soleils
Qui incendient les mers et consument les nuits
Les grands soleils de feu, de bronze ou de vermeil
Les grandes fleurs soleils, les grands soleils soucis
Ce pays est un rêve où rêvent mes saisons
Et dans ce pays-là, j'ai bâti ta maison

L’écume des jours, Boris Vian

Alise sonna deux coups et attendit. La porte d’entrée lui paraissait plus étroite que d’habitude. Le tapis semblait plus terne et aminci. Nicolas vint ouvrir.

« Bonjour !… dit-il. Tu viens les voir ?

– Oui, dit Alise. Ils sont là ?

– Oui, dit Nicolas. Viens. Chloé est là. »

Il referma la porte. Alise examinait le tapis.

« Il fait moins clair qu’avant, ici, dit-elle. À quoi cela tient-il ?

– Je ne sais pas, dit Nicolas.

– C’est drôle, dit Alise. Il n’y avait pas un tableau, ici ?

– Je ne me rappelle plus », dit Nicolas.

Il passa une main hésitante dans ses cheveux.

« De fait, dit-il, on a l’impression que l’atmosphère n’est plus la même.

– Oui, dit Alise. C’est ça. »

Elle avait un tailleur brun, bien coupé, et un gros bouquet de narcisses à la main.

« Toi, dit Nicolas, tu es en forme. Ça va ?

– Oui, dit Alise, ça va. Chick m’a offert un tailleur, tu vois…

– Il te va bien, dit Nicolas.

– J’ai de la chance, dit Alise, que la duchesse de Bovouard ait juste les mêmes mesures que moi. Il est d’occasion. Chick voulait un papier qu’il y avait dans une des poches, alors il l’a acheté. »

Elle regarda Nicolas et ajouta :

« Tu ne vas pas bien.

– Euh ! dit Nicolas… Je ne sais pas. J’ai l’impression que je vieillis.

– Montre ton passeport », dit Alise.

Il fouilla dans sa poche revolver.

« Voilà », dit-il.

Alise ouvrit le passeport et pâlit.

« Quel âge avais-tu ? demanda-t-elle à voix basse.

– Vingt-neuf ans… dit Nicolas.

– Regarde… »

Il compta. Cela faisait trente-cinq.

« Je ne comprends pas… dit-il.

– Ça doit être une erreur, dit Alise. Tu ne parais pas plus de vingt-neuf ans.

– J’avais l’air d’en avoir vingt et un, dit Nicolas.

– Ça s’arrangera sûrement, dit Alise.

– J’aime tes cheveux, dit Nicolas. Viens, viens voir Chloé.

– Qu’est-ce qu’il y a ici ? dit Alise pensive.

– Oh ! dit Nicolas. C’est cette maladie. Ça nous bouleverse tous. Ça s’arrangera et je rajeunirai. »

Chloé était allongée sur son lit, vêtue d’un pyjama de soie mauve et d’une longue robe de chambre de satin piqué, d’un léger beige orange. Autour d’elle, il y avait beaucoup de fleurs et, surtout, des orchidées et des roses. Il y avait aussi des hortensias, des œillets, des camélias, de longues branches de fleurs de pêcher et d’amandier et des brassées de jasmin. Sa poitrine était découverte et une grosse corolle bleue tranchait sur l’ambre de son sein droit. Ses pommettes étaient un peu roses et ses yeux brillants, mais secs, et ses cheveux légers et électrisés comme des fils de soie.

« Tu vas prendre froid ! dit Alise. Couvre-toi !

– Non, murmura Chloé. Il le faut. C’est le traitement.

– Quelles jolies fleurs ! dit Alise. Colin est en train de se ruiner, ajouta-t-elle gaiement pour faire rire Chloé.

– Oui », murmura Chloé. Elle eut un pauvre sourire.

« Il cherche du travail, dit-elle à voix basse. C’est pour cela qu’il n’est pas là.

– Pourquoi parles-tu comme ça ? demanda Alise.

– J’ai soif… dit Chloé dans un souffle.

– Tu ne prends réellement que deux cuillerées par jour ? dit Alise.

– Oui… » soupira Chloé.

Alise se pencha vers elle et l’embrassa.

« Tu vas bientôt être guérie.

– Oui, dit Chloé. Je pars demain avec Nicolas et la voiture.

– Et Colin ? demanda Alise.

– Il reste, dit Chloé. Il faut qu’il travaille. Mon pauvre Colin !… Il n’a plus de doublezons…

– Pourquoi ? demanda Alise.

– Les fleurs… dit Chloé.

– Est-ce qu’il grandit ? murmura Alise.

– Le nénuphar ? dit Chloé tout bas. Non, je crois qu’il va partir…

– Alors, tu es contente ?

– Oui, dit Chloé. Mais j’ai si soif.

– Pourquoi n’allumes-tu pas ? demanda Alise. Il fait très sombre ici.

– C’est depuis quelques temps, dit Chloé. C’est depuis quelques temps. Il n’y a rien à faire. Essaie. »

Alise manœuvra le commutateur et un léger halo se dessina autour de la lampe.

« Les lampes meurent, dit Chloé. Les murs se rétrécissent aussi. Et la fenêtre, ici, aussi.

– C’est vrai ? demanda Alise.

– Regarde… »

La grande baie vitrée qui courait sur toute la largeur du mur n’occupait plus que deux rectangles oblongs, arrondis aux extrémités. Une sorte de pédoncule s’était formé au milieu de la baie, reliant les deux bords, et barrant la route au soleil. Le plafond avait baissé notablement et la plate-forme où reposait le lit de Colin et Chloé n’était plus très loin du sol.

« Comment est-ce que cela peut se faire ? demanda Alise.

– Je ne sais pas… dit Chloé. Tiens, voilà un peu de lumière. »

Rousseau, Les réveries du promeneur solitaire, extraits sur les Charmettes

LIVRE   VI

Ce qui me rendait mon état plus insupportable était la comparaison continuelle que j'en faisais avec celui que j'avais quitté, c'était le souvenir de mes chères Charmettes, de mon jardin, de mes arbres, de ma fontaine, de mon verger, et surtout de celle pour qui j'étais né, qui donnait de l'âme à tout cela. En repensant à elle, à nos plaisirs, à notre innocente vie, il me prenait des serrements de cœur, des étouffements qui m'ôtaient le courage de rien faire. Cent fois j'ai été violemment tenté de partir à l'instant et à pied pour retourner auprès d'elle ; pourvu que je la revisse encore une fois, j'aurais été content de mourir à l'instant même.
Enfin je ne pus résister à ces souvenirs si tendres, qui me rappelaient auprès d'elle à quelque prix que ce fût. Je me disais que je n'avais pas été assez patient, assez complaisant, assez caressant, que je pouvais encore vivre heureux dans une amitié très douce, en y mettant du mien plus que je n'avais fait. Je forme les plus beaux projets du monde, je brûle de les exécuter. Je quitte tout, je renonce à tout, je pars, je vole, j'arrive dans tous les mêmes transports de ma première jeunesse, et je me retrouve à ses pieds. Ah ! j'y serais mort de joie si j'avais retrouvé dans son accueil, dans ses caresses, dans son cœur enfin, le quart de ce que j'y retrouvais autrefois et que j'y reportais encore.

Affreuse illusion des choses humaines ! Elle me reçut toujours avec son excellent cœur, qui ne pouvait mourir qu'avec elle ; mais je venais rechercher le passé qui n'était plus et qui ne pouvait renaître. A peine eus-je resté une demi-heure avec elle, que je sentis mon ancien bonheur mort pour toujours. Je me retrouvai dans la même situation désolante que j'avais été forcé de fuir, et cela sans que je pusse dire qu'il y eût de la faute de personne ; car au fond Courtilles n'était pas mauvais, et parut me revoir avec plus de plaisir que de chagrin. Mais comment me souffrir surnuméraire près de celle pour qui j'avais été tout, et qui ne pouvait cesser d'être tout pour moi ? Comment vivre étranger dans la maison dont j'étais l'enfant ? L'aspect des objets témoins de mon bonheur passé me rendait la comparaison plus cruelle. J'aurais moins souffert dans une autre habitation. Mais me voir rappeler incessamment tant de doux souvenirs, c'était irriter le sentiment de mes pertes. Consumé de vains regrets, livré à la plus noire mélancolie, je repris le train de rester seul hors les heures des repas. Enfermé avec mes livres, j'y cherchais des distractions utiles, et sentant le péril imminent que j'avais tant craint autrefois, je me tourmentais derechef à chercher en moi-même les moyens d'y pourvoir quand Maman n'aurait plus de ressources

Film de Gondry

L'écume des jours (nouveau montage) de Michel Gondry - (2013) - Comédie  dramatique

La chambre de Chloé et de Colin

"Le lit ne reposait pas sur le tapis, mais sur une plate-forme à mi-hauteur du mur. On y accédait par une petite échelle de chêne syracusé garnie de cuivre rouge-blanc. La niche, sous la plate-forme, servait de boudoir ; il s'y trouvait des livres et des fauteuils confortables et la photo du dalaï-lama."* 

Une maison qui révèle une identité, un caractère

Extraits d'Eugénie Grandet :

Il se trouve dans certaines provinces des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître et l'aridité des landes et les ossements des ruines. La vie et le mouvement y sont si tranquilles qu'un étranger les croirait inhabitées, s'il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d'une personne immobile dont la figure à demi monastique dépasse l'appui de la croisée, au bruit d'un pas inconnu. Ces principes de mélancolie existent dans la physionomie d'un logis situé à Saumur, au bout de la rue montueuse qui mène au château, par le haut de la ville. Cette rue, maintenant peu fréquentée, chaude en été, froide en hiver, obscure en quelques endroits, est remarquable par la sonorité de son petit pavé caillouteux, toujours propre et sec, par l'étroitesse de sa voie tortueuse, par la paix de ses maisons qui appartiennent à la vieille ville, et que dominent les remparts. Des habitations trois fois séculaires y sont encore solides quoique construites en bois, et leurs divers aspects contribuent à l'originalité qui recommande cette partie de Saumur à l'attention des antiquaires et des artistes. Il est difficile de passer devant ces maisons, sans admirer les énormes madriers dont les bouts sont taillés en figures bizarres et qui couronnent d'un bas-relief noir le rez-de-chaussée de la plupart d'entre elles. Ici, des pièces de bois transversales sont couvertes en ardoises et dessinent des lignes bleues sur les frêles murailles d'un logis terminé par un toit en colombage que les ans ont fait plier, dont les bardeaux pourris ont été tordus par l'action alternative de la pluie et du soleil. Là se présentent des appuis de fenêtre usés, noircis, dont les délicates sculptures se voient à peine, et qui semblent trop légers pour le pot d'argile brune d'où s'élancent les oeillets ou les rosiers d'une pauvre ouvrière. Plus loin, c'est des portes garnies de clous énormes où le génie de nos ancêtres a tracé des hiéroglyphes domestiques dont le sens ne se retrouvera jamais. Tantôt un protestant y a signé sa foi, tantôt un ligueur y a maudit Henri IV. Quelque bourgeois y a gravé les insignes de sa noblesse de cloches, la gloire de son échevinage oublié. L'Histoire de France est là tout entière.

[…]

La maison pleine de mélancolie où se sont accomplis les événements de cette histoire était précisément un de ces logis, restes vénérables d'un siècle où les choses et les hommes avaient ce caractère de simplicité que les moeurs françaises perdent de jour en jour. Après avoir suivi les détours de ce chemin pittoresque dont les moindres accidents réveillent des souvenirs et dont l'effet général tend à plonger dans une sorte de rêverie machinale, vous apercevez un renfoncement assez sombre, au centre duquel est cachée la porte de la maison à monsieur Grandet. Il est impossible de comprendre la valeur de cette expression provinciale sans donner la biographie de monsieur Grandet. 

« Notre maison, notre miroir », Psychologie Magazine, 18 mars 2020

On dit souvent d’un lieu qu’il a une âme. Pour le psychanalyste Alberto Eiguer, notre intérieur parle. Et en dit long sur ce que nous sommes. Exploration pièce par pièce de ce nid protecteur qui change avec nos désirs, notre évolution personnelle, mais aussi avec l’air du temps. C‘est un lien quasi fusionnel qui nous lie à notre maison. A la fois refuge où se joue la part la plus intime de notre vie, et vitrine dans laquelle s’exposent nos goûts et nos valeurs, notre intérieur dit tout de nous, de nos souvenirs, de ce que nous sommes et de ce que nous vivons les uns avec les autres réunis sous le même toit. « Montre-moi ta maison je te dirai qui tu es » : telle est l’idée développée par Alberto Eiguer, psychanalyste et auteur de L’Inconscient de la maison.

“La maison a un inconscient”, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Alberto Eiguer : Que le choix de sa maison, de ses meubles, de sa décoration, l’agencement des pièces… ne sont pas le seul fait de décisions conscientes. Ce que nous projetons sur cet espace est le résultat de forces inconscientes. Il y en a plusieurs. La plus importante est la projection de l’image que nous avons de notre corps. Autrement dit, nous avons une image interne de l’espace dans lequel nous vivons.
Comme notre corps, la maison comprend différents endroits auxquels se rattachent des fonctions déterminées : manger, dormir, se reproduire… ; comme lui, on attend d’elle qu’elle nous protège de l’extérieur, qu’elle nous « enveloppe » ; comme lui, elle met en lien des membres qui forment ensemble un tout « famille ». Pour l’approche psychanalytique, le centre vital de la maison est la chambre des parents, d’où partent tous les autres investissements.

Une maison “vide” traduirait-elle un vide intérieur ?

L’intérieur d’une maison révèle ce que ses habitants ont dans la tête. En découvrant une maison vide, on est tenté de penser qu’il y a un manque chez la personne : cela peut refléter l’absence de liens avec ou au sein de la famille, une vie imaginaire affaiblie, un épuisement voire des symptômes dépressifs qui font perdre à ses habitants l’envie de « construire ».

Et une maison désordonnée ?

Quand on est perturbé, on est désordonné parce que l’on ne parvient pas à constituer d’espaces distincts, ni dans sa maison ni dans son esprit. Mais être désordonné ne signifie pas forcément être perturbé ! Certains expliquent qu’ils ont besoin de ce désordre pour se retrouver et pour avoir un accès direct à tout, ils « picorent »… Le désordre peut aussi être passager : on traverse une période de conflits dans la maison, on ne prend pas le temps de « mettre les choses au clair »… La maison offre toujours une photographie de l’inconscient de ses habitants.

Que révèle la distribution des pièces entre les différents membres de la famille ?

Pour le psychanalyste Isodoro Berenstein, l’intérieur de la maison représente symboliquement les liens inconscients entre ses habitants, les alliances et les rivalités. On peut aussi y lire le sens des hiérarchies – les plus « estimés » auront les plus belles pièces –, les ambitions et les priorités de chacun. Ainsi, si l’on a le désir de vivre longtemps ensemble, on décorera les lieux d’une façon plus chaleureuse.

Meubles et objets ne sont donc pas seulement décoratifs…

Avant même d’être habitée, la maison est « meublée ». Elle est meublée de nos fantasmes. On est au plus près de son intimité en décorant sa maison. Objets et meubles reflètent notre psychologie : on y exprime nos goûts, nos besoins fonctionnels. Mais ils parlent aussi de notre mémoire en nous rappelant sans cesse notre passé, notre histoire familiale avec ses mythes, ses secrets, ses mœurs. Ils suscitent des affects très puissants : la possession nous renvoie à notre identité, car notre estime de soi est autant satisfaite par ce que nous sommes que par ce que nous possédons.

Certains “exposent” beaucoup d’objets dans la maison. Comment interprétez-vous cela ?

Il y a plusieurs explications possibles. Cela peut relever de la « manie » : on a le désir de remplir, toujours plus, son « intérieur ». Parfois, l’accumulation de meubles et d’objets est telle que l’on peine à circuler entre les pièces : on empêche les mouvements comme pour ralentir le temps. Dans tous les cas, les objets sont très animés par notre psychologie. La relation forte et ludique que nous entretenons avec eux ressort de celle que nous avions, enfant, avec nos jouets : on les aime, ils ont une âme…

La syllogomanie

Nettoyage et traitement de déchets suite syndrome Diogène, syllogomanie -  Unifer Environnement

Les personnes atteintes de syllogomanie ont toujours une telle difficulté à jeter ou à se séparer de leurs biens que les objets s'accumulent et encombrent les espaces de vie au point de les rendre invivables.

Etranges maisons

Magritte, L’empire des lumières

▷ L'Empire des Lumières par René Magritte, 2010 | Edition | Artsper (899916)

 

« La Chute de la Maison Usher », dans Nouvelles Histoires extraordinaires,Edgar Allan Poe  Traduit par Charles Baudelaire, Paris, Presses Pocket, 1991.

Pendant toute la journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher. Je ne sais comment cela se fit, mais, au premier coup d'œil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment d'insupportable tristesse pénétra mon âme. Je dis insupportable, car cette tristesse n'était nullement tempérée par une parcelle de ce sentiment dont l'essence poétique fait presque une volupté, et dont l'âme est généralement saisie en face des images naturelles les plus sombres de la désolation et de la terreur. Je regardais le tableau placé devant moi et, rien qu'à voir la maison et la perspective caractéristique de ce domaine, les murs qui avaient froid, les fenêtres semblables à des yeux distraits, quelques bouquets de joncs vigoureux, quelques troncs d'arbres blancs et dépéris, j'éprouvais cet entier affaissement d'âme, qui, parmi les sensations terrestres, ne peut se mieux comparer qu'à l'arrière-rêverie du mangeur d'opium, à son navrant retour à la vie journalière, à l'horrible et lente retraite du voile. C'était une glace au cœur, un abattement, un malaise, une irrémédiable tristesse de pensée qu'aucun aiguillon de l'imagination ne pouvait raviver ni pousser au grand. Qu'était donc - je m'arrêtai pour y penser - qu'était donc ce je ne sais quoi qui m'énervait ainsi en contemplant la Maison Usher? C'était un mystère tout à fait insoluble, et je ne pouvais pas lutter contre les pensées ténébreuses qui s'amoncelaient sur pendant que j'y réfléchissais. Je fus forcé de me rejeter dans cette conclusion peu satisfaisante, qu'il existe des combinaisons d'objets naturels très simples qui ont la puissance de nous affecter de cette sorte, et que l'analyse de cette puissance gît dans des considérations où nous perdrions pied. Il était possible, pensais-je, qu'une simple différence dans l'arrangement des matériaux de la décoration, des détails du tableau, suffît pour modifier, pour annihiler peut-être cette puissance d'impression douloureuse ; et, agissant d'après cette idée, je conduisis mon cheval vers le bord escarpé d'un noir et lugubre étang, qui, miroir immobile, s'étalait devant le bâtiment ; et je regardai — mais avec un frisson plus pénétrant encore que la première fois — les images répercutées et renversées des joncs grisâtres, des troncs d'arbres sinistres, et des fenêtres semblables à des yeux sans pensée.

https://www.franceculture.fr/emissions/mauvais-genres/lhistoire-des-maisons-hantees

Ajouter un commentaire