Les temples de la consommation

Les premiers grands magasins

ntroduction

      C'est un extrait du roman Au bonheur des Dames, de Zola, paru en 1883. Il s'agit d'une description du grand magasin des Mouret, un nouveau commerce pour séduire les femmes. La tonalité est double, c’est-à-dire à la fois réaliste et polémique. La question à se poser est comment Zola oscille-t-il entre admiration et critique du nouveau commerce ? Tout d'abord, il va faire une description réaliste du nouveau commerce, pour renseigner le lecteur sur les techniques et procédés de vente, puis il va critiquer Mouret et ses méthodes, qu'il admire toutefois.

Mouret avait l'unique passion de vaincre la femme. Il la voulait reine dans sa maison, il lui avait bâti ce temple, pour l'y tenir à sa merci. C'était toute sa tactique, la griser d'attentions galantes et trafiquer de ses désirs, exploiter sa fièvre. Aussi, nuit et jour, se creusait-il la tête, à la recherche de trouvailles nouvelles. Déjà, voulant éviter la fatigue des étages aux dames délicates, il avait fait installer deux ascenseurs, capitonnés de velours. Puis, il venait d'ouvrir un buffet, où l'on donnait gratuitement des sirops et des biscuits, et un salon de lecture, une galerie monumentale, décorée avec un luxe trop riche, dans laquelle il risquait même des expositions de tableaux. Mais son idée la plus profonde était, chez la femme sans coquetterie, de conquérir la mère par l'enfant ; il ne perdait aucune force, spéculait sur tous les sentiments, créait des rayons pour petits garçons et fillettes, arrêtait les mamans au passage, en offrant aux bébés des images et des ballons. Un trait de génie que cette prime des ballons, distribuée à chaque acheteuse, des ballons rouges, à la fine peau de caoutchouc, portant en grosses lettres le nom du magasin, et qui, tenus au bout d'un fil, voyageant en l'air, promenaient par les rues une réclame vivante !
La grande puissance était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an trois cent mille francs de catalogues, d'annonces et d'affiches. Pour sa mise en vente des nouveautés d'été, il avait lancé deux cent mille catalogues, dont cinquante mille à l'étranger, traduits dans toutes les langues.
Maintenant, il les faisait illustrer de gravures, il les accompagnait même d'échantillons, collés sur les feuilles. C'était un débordement d'étalages, le Bonheur des Dames sautait aux yeux du monde entier, envahissait les murailles, les journaux, jusqu'aux rideaux des théâtres. Il professait que la femme est sans force contre la réclame, qu'elle finit fatalement par aller au bruit. Du reste, il lui tendait des pièges plus savants, il l'analysait en grand moraliste. Ainsi, il avait découvert qu'elle ne résistait pas au bon marché, qu'elle achetait sans besoin, quand elle croyait conclure une affaire avantageuse ; et, sur cette observation, il basait son système des diminutions de prix, il baissait progressivement les articles non vendus, préférant les vendre à perte, fidèle au principe du renouvellement rapide des marchandises. Puis, il avait pénétré plus avant encore dans le coeur de la femme, il venait d'imaginer .es rendus., un chef d'oeuvre de séduction jésuitique. .Prenez toujours, madame : vous nous rendrez l'article, s'il cesse de vous plaire.. Et la femme, qui résistait, trouvait-là une dernière excuse, la possibilité de revenir sur une folie : elle prenait, la conscience en règle. Maintenant, les rendus et la baisse des prix entraient dans le fonctionnement classique du nouveau commerce.

Au Bonheur des Dames - Emile Zola - Extrait du chapitre 9

« Au Bonheur des Dames, l'invention des grands magasins »

de l'hypermarché au e-commerce

    1. 1.      Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, 2014

     

    Les super et hypermarchés ne sont pas réductibles à leur usage d’économie domestique, à la «corvée des courses ». Ils suscitent des pensées, fixent en souvenirs des sensations et des émotions. On pourrait certainement écrire des récits de vie au travers des grandes surfaces commerciales fréquentées. Elles font partie du paysage d’enfance de tous ceux qui ont moinsde cinquante ans. Si on excepte une catégorie restreinte de la population – habitants du centrede Paris et des grandes villes anciennes –, l’hypermarché est pour tout le monde un espace familier dont la pratique est incorporée à l’existence, mais dont on ne mesure pas l’importance sur notre relation aux autres, notre façon de « faire société » avec nos contemporains au XXIe siècle.

 
  1.    
    1. 1.      Marc Schillaci «  Petit e-commerce de proximité vs gros acteurs en ligne : la victoire de la loyauté client est en marche », 2012

     

    Selon Michael Walden, professeur d'économie à la North Carolina State University, un mouvement serait en train de s'amorcer. «Les gens manifestent de plus en plus de soutien pour le commerce de proximité, où proximité ne signifie pas forcément le commerce du coin de la rue mais plutôt proximité au sens de petit commerce même s'il vend dans tout le pays. Un grand nombre d'Américains éprouvent de plus en plus de suspicion envers le gigantisme du monde économique dont ils assimilent la grandeur avec le pouvoir, le monopole etc".
    L'exemple de Simons Lacy, fondatrice du Hello Hello Books, située dans le Maine, illustre cette tendance. Elle possède une petite librairie ainsi qu'un site e-commerce et témoigne voir de plus en plus de clients "affirmer leur détermination de faire leurs emplettes sur des sites de proximité comme le sien, même lorsque les grands sites proposent des prix plus avantageux. "Nous savons qu'ils proposent des conditions tellement avantageuses que nous ne pouvons pas rivaliser avec eux sur ce terrain, mais nous créons un lien personnel et affectif, même en temps que détaillant en ligne, sur lequel ils ne peuvent pas rivaliser avec nous." Une sorte de rébellion envers les gros sites impersonnels, comme en son temps la rébellion envers les hypermarchés. 

 

 

 

3.  Alain Robbe-Grillet, Les Gommes, 1953

 Robbe grillet lesgommes

 

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