HISTOIRE LITTERAIRE

Tableau récapitulatif par Melle Carlier

Histoire du genre poétique

 

1. Origines antiques

La poésie est un genre ancien, probablement aussi ancien que les civilisations humaines. Aussi loin que l'on puisse remonter dans le temps, il semble en effet que toutes les cultures humaines, parce qu'elles n'avaient pas encore connaissance de l'écriture ou par choix délibéré, ont eu recours à une tradition orale pour fixer leur histoire et relater le mythe de leurs origines (voir mythologie). Le langage rythmé, scandé, associé sans doute à la musique, était utilisé pour véhiculer les faits essentiels, fondateurs de l'histoire des peuples. Dans l'Antiquité grecque, la figure du poète était incarnée par Orphée, personnage légendaire qui séduisait les dieux, les hommes et les bêtes par la beauté de son chant accompagné de la lyre. La poésie apparaissait alors comme un don divin : le poète était inspiré par les Muses, filles de Mnémosyne (la Mémoire), et par Zeus, qui lui permettaient de manier le langage et de conférer aux mots une beauté et un pouvoir hors du commun.
Pour les Grecs, tout texte où apparaissait une recherche d'ordre esthétique était considéré comme de la poésie ; c'est pourquoi, dans sa Poétique, Aristote désignait par « poésie » tout écrit relevant de l'esthétique et de l'imaginaire. Il établissait cependant une distinction entre trois genres à l'intérieur de la grande catégorie dite « poésie » : l'épique (épopée, et plus tard, roman), le lyrique (« poésie » au sens moderne que nous donnons à ce mot) et le dramatique, ce que nous appelons aujourd'hui le théâtre (voir drame et art dramatique).

À l'origine, la poésie était étroitement liée à l'oralité, notamment au chant et à la musique : les poètes grecs, les « aèdes », chantaient leurs poèmes, comme le feront plus tard, au Moyen Âge, les troubadours et les trouvères. C'est sans doute à cause de cette oralité que la poésie développa des systèmes de renvois et de rappels sonores : le vers, scandé par la rime, la régularité du rythme et les rappels sonores (assonances, allitérations, etc.), étaient là pour aider l'auditeur à retenir le poème (voir versification).

2. Du Moyen Âge au XVIe siècle

Du point de vue thématique, la poésie continua longtemps de raconter les mythes fondateurs, et, sous la forme épique, elle célébra les hauts faits des héros et des rois ,réels ou légendaires. Elle chanta aussi les valeurs chevaleresques et courtoises de la société médiévale. La poésie de circonstance fit son apparition dans l'univers seigneurial : les poètes, attachés à tel ou tel seigneur, plus tard à telle ou telle cour de France ou d'Europe, chantaient la gloire et les vertus de leur protecteur, dont dépendait leur survie matérielle. Cette poésie, liée au pouvoir aristocratique d'abord et au régime monarchique ensuite, prospéra jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Elle devait décliner au cours du XVIIIe siècle avec l'émergence progressive de la bourgeoisie, et disparaître totalement dans la société bourgeoise et industrielle du XIXe siècle.

Jusqu'au XVIe siècle, la théorie de l'inspiration divine héritée des Grecs se perpétua : les poètes de la Pléiade, Ronsard en premier lieu, se présentaient comme des sortes d'élus, gommant la notion de travail poétique au profit de la « fureur sacrée » de l'inspiration. Le XVIe siècle fut marqué également par des changements formels et lexicaux importants : la Pléiade, dont Du Bellay se fit le porte-parole dans son pamphlet Défense et Illustration de la langue française, recommanda l'enrichissement du français par emprunt de termes étrangers, et introduisit des formes littéraires antiques ou italiennes, jusque-là ignorées ou délaissées par les poètes français. Parmi ces formes fixes, le sonnet allait être voué en France à un destin particulièrement brillant.

3. XVIIe siècle: période classique

C'est au XVIIe siècle que la langue poétique fut très précisément codifiée et que le mot « poésie » ne fut plus utilisé que pour désigner un genre littéraire en vers. Si les formes poétiques courtes — l'épigramme, le madrigal et le sonnet — se pratiquaient encore, il est certain que la « poésie dramatique », c'est-à-dire le théâtre (les tragédies de Racine, par exemple, écrites en alexandrins), dominait la production poétique.

Malherbe, qui fut le grand théoricien de l'esthétique classique, préconisait en poésie l'utilisation d'une langue tout à fait différente de celle de tous les jours : il s'agissait de privilégier l'emploi d'un lexique « noble » (les mots jugés indignes ou triviaux étant rejetés) et de recourir à une syntaxe complexe, où primaient les inversions et les périphrases (voir rhétorique, figures de).

Sans renoncer totalement aux théories de l'inspiration, l'âge classique eut la particularité de remettre à l'honneur l'idée de « travail » poétique, l'idée d'une élaboration laborieuse et progressive du texte, en bref d'un véritable artisanat poétique que les siècles précédents avaient dédaigné.

4. XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle étant celui de la pensée rationnelle et de la réflexion philosophique, il privilégia la prose, et son apport en matière de poésie fut assez faible ; il se contenta de prolonger la tradition du siècle précédent, en considérant la poésie comme un simple « ornement de l'esprit » : à l'exception très notable de Chénier, qui annonce la sensibilité du siècle suivant, les poètes conservèrent en effet, sans les enrichir ni les renouveler, les grandes lignes de l'esthétique classique.

5. Période romantique

C'est dans la première moitié du XIXe siècle que la poésie redevint un genre de premier plan, notamment grâce aux romantiques, qui affirmèrent une esthétique nouvelle en prenant le contrepied de la conception classique de la poésie, jugée par eux artificielle, froide et figée.

On considère généralement que la naissance du mouvement romantique français correspond à la publication des Méditations, de Lamartine, en 1820. Le moyen d'expression privilégié de cette génération était donc, d'emblée, la poésie, mais la poésie conçue non comme un jeu formel et une virtuosité de la langue mais comme l'exaltation du moi. À la suite de Lamartine, pour lequel « la poésie, c'est le chant intérieur », Alfred de Musset défendit l'idée de lyrisme personnel et la conception du poète comme un être tourmenté, doté d'une sensibilité exceptionnelle, au point qu'il établissait un lien de cause à effet entre le désespoir ressenti et la beauté du poème : c'est cette idée qu'exprime sa célèbre formule « les plus désespérés sont les chants les plus beaux ». Victor Hugo, en revanche, voyait surtout dans le poète un « mage », un « prophète », qui se devait d'éclairer les autres hommes ; son œuvre véhicule pourtant, elle aussi, l'image d'un poète tourmenté, rédigeant ses textes avec son sang. Cette thématique nouvelle explique la conception romantique de l'inspiration : c'est précisément dans l'expression du moi, dans l'épanchement de la souffrance et dans l'effusion lyrique que les romantiques puisaient la matière de leurs poèmes. Pour cette génération, l'inspiration prévalait donc de nouveau, au détriment de l'idée de travail poétique : la figure allégorique de la Muse inspiratrice émaillait encore les poèmes de ce début de siècle.

Sur le plan formel enfin, le romantisme , et son chef de file Hugo en tout premier lieu, révolutionna le langage poétique avec une certaine provocation. « Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire », écrivait Hugo dans sa Réponse à un acte d'accusation, annonçant par là qu'il voulait faire accéder à la poésie les mots les plus simples, voire les plus triviaux, de la langue française. . Les poètes romantiques dans leur ensemble revendiquèrent l'autonomie du langage poétique, lui permettant de passer de l'imitation du réel (contrainte thématique) et de l'assujettissement aux règles de la métrique (contrainte formelle) à une expressivité et à une liberté formelle accrues.

Rappelons que la révolution romantique était liée à des conditions économiques et sociales nouvelles : la poésie, libérée de l'asservissement aux grands de ce monde, redevenait une pratique libre et gratuite, c'est pourquoi elle put se recentrer sur l'individu.

6. XIXe siècle : modernité poétique

Dans les décennies suivantes, les poètes parnassiens s'insurgèrent contre les excès du lyrisme romantique et le relâchement formel de cette poésie : des auteurs comme Gautier, Banville ou Leconte de Lisle écrivaient avec le souci d'atteindre une perfection formelle sans faille.

La conception moderne de la poésie fut inaugurée à la moitié du siècle par Baudelaire, avec la publication des Fleurs du mal (1857), texte fondateur d'une nouvelle esthétique. Tout en utilisant, comme le recommandait le Parnasse, des formes fixes traditionnelles tel le sonnet, Baudelaire bouleversa les anciennes conceptions du genre. Pour lui, le langage poétique (en particulier dans l'élaboration de l'image poétique) pouvait opérer une transmutation du monde réel ; passé au philtre des mots, le monde, dans ses réalités les plus abjectes, devenait sublime : « Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or. », le vers sur lequel s'achève le recueil des Fleurs du mal, affirme encore le pouvoir de transfiguration de la poésie. Cette poésie n'avait plus d'autre visée que de constituer un langage poétique qui soit « sorcellerie évocatoire », c'est-à-dire le révélateur des « correspondances » mystérieuses existant dans le monde.

À la suite de Baudelaire — pour qui le poète était celui qui avait su garder les facultés d'émerveillement de l'enfance —, les poètes symbolistes, mais surtout Rimbaud, Verlaine et Mallarmé, prirent conscience de leur pouvoir à transformer la réalité par les mots et virent dans la poésie un moyen de connaissance, permettant d'accéder à une vérité cachée. Rimbaud désignait son travail de poète comme une « alchimie du Verbe » : pour lui, qui poussa la quête poétique à l'extrême en exploitant toutes les ressources du langage, le poète devait être « voyant », en d'autres termes doué de pouvoirs quasi surnaturels, par lesquels il accédait à une autre réalité. Pour se faire voyant, il devait se soumettre à un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens », entendons vivre des expériences — drogue, alcool, marginalité revendiquée — susceptibles de lui faire perdre ses repères habituels : une fois désindividualisé par ce « dérèglement », le poète n'était plus que la voix exprimant la vérité du monde. Quant à Mallarmé, poète en quête d'absolu, il fit du poète « l'homme chargé de voir divinement », cherchant à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » et utilisant pour ce faire un lexique rare et raffiné.

Avec ces poètes de la modernité, une rupture s'établit : la poésie devint expérience sur le langage, mais aussi révélation des réalités cachées, ou encore dévoilement d'une autre réalité.

7. Diversité du XXe siècle

a) Révolution surréaliste

Le mouvement surréaliste, fondé par André Breton, fit de la force de suggestion de l'image le critère poétique absolu. Dans cette conception, le choc esthétique et émotionnel provoqué chez le lecteur par l'association inhabituelle de deux réalités est apte à déterminer la puissance évocatrice de l'image. Dans le premier Manifeste du surréalisme, André Breton écrivait : « L'image est une création pure de l'esprit. / Elle ne peut naître d'une comparaison mais du rapprochement de deux réalités éloignées. / Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte — plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique […] » Aragon exprima le même enthousiasme et la même foi dans le pouvoir transfigurateur de l'image en définissant le surréalisme comme « l'emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image » (le Paysan de Paris).

b) Image et Poésie

Exaltée par la théorie surréaliste de l'inspiration , liée à l'inconscient et au rêve , l'« image » est au cœur de toute la poésie moderne, à tel point que dans l'esthétique du XXe siècle, un texte se définit comme poétique par sa forte teneur en images, à tel point aussi que la force poétique est étroitement associée au pouvoir de concentration de l'image.

La poésie contemporaine s'est nourrie globalement de l'esthétique surréaliste : même des auteurs éloignés de cette mouvance, comme Saint-John Perse, ont eu recours à l'image transfigurante. Quant à Francis Ponge, auteur du Parti pris des choses, il chercha l'adéquation la plus parfaite entre les choses et les mots par un travail d'une extrême minutie.


Désormais, la poésie revêt les formes les plus diverses : en prose, en vers, en vers libre ou en verset, elle est même parfois disposée de façon figurative sur la page blanche (ce sont les calligrammes d'Apollinaire). Peut-on déterminer ce qui, au sein de cette diversité, constitue l'essence de la poésie ?


 

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Histoire du genre romanesque

 

Petite histoire du roman.

 

Les origines du roman.


 

Une entrée satisfaisante pour tenter de définir le terme de roman peut se trouver dans l’origine même de ce mot. Ce terme sert originellement à désigner une langue utilisée au Moyen-âge, la langue romane . Cette langue, née de l'évolution progressive du latin , remplace ce dernier dans l’usage et dans les pratiques orales.

Le terme « roman » est donc appliqué à tous les textes écrits en langue romane dans ce but, qu’ils soient en prose ou en vers, qu’ils soient narratifs ou non. Les romans s’opposent alors aux textes écrits en latin.

Le terme se met à désigner progressivement un genre littéraire à part entière

Le roman a tout d'abord été le récit d'une aventure fantastique, comprenant un personnage idyllique, qui vit une aventure idyllique elle aussi. Les livres étaient au début destinés aux nobles et non au peuple, mais certains écrivains se sont battus pour apprendre aux paysans à lire et à partir de ce moment-là les romans ont été destinés à un public plus large.

Bien que novateur et original, il puise pourtant de nombreux motifs dans les genres littéraires qui l’ont précédé ( la chanson de geste, poésie lyrique). Il est novateur car il raconte une histoire qui semble vraie mais ou le lecteur sait pertinemment qu'elle ne l'est pas, tout est basé sur l'illusion des événements.

Le roman au moyen âge


 

Ce que le roman retient de la poésie lyrique

Il hérite en premier lieu des personnages stylisés de la poésie lyrique : la dame y est une femme mariée de condition supérieure à celle de son prétendant ; l’homme vassal est obéissant à la dame, il est timide et emprunté devant elle et le losengiers est un personnage fourbe, un traître en puissance. Il reprend également le thème de la fine amor cet amour secret, sacré dans lequel la femme est divinisée, sacralisée

Ce que le roman retient de la chanson de geste

Le héros de la chanson de geste tient ses traits du héros épique. Il est vaillant, brave, il sait manier les armes, il allie la franchise à la loyauté et à la générosité

L'écriture en prose

Avant le XIIIème siècle peu de textes étaient écrits en prose. Il s’agissait essentiellement de textes juridiques. C’est pourquoi, dans les mentalités de l’époque, les textes en prose pouvaient facilement être associés à une garantie de véracité. Mais à la fin du XIIème et au début du XIIIe siècle, probablement afin d’augmenter la crédibilité des aventures racontées et afin de réduire l’artificialité liée à la versification, la prose prend de plus en plus d’importance dans les textes narratifs. Ce passage à la prose permet également le développement de la lecture individuelle tandis que jusqu’alors la lecture collective était privilégiéeL'écriture en prose

Des romans plus réalistes apparaissent ensuite avec le développement de la bourgeoisie et d’un esprit progressivement plus matérialiste, on s'éloigne du merveilleux . Le Roman de la rose illustre cette nouvelle orientation du genre.


 

La géographie des lieux devient de plus en plus familière aux lecteurs, les personnages fictifs y rencontrent des personnages historiques (réels) et les héros choisis sont de plus en plus issus de milieux modestes et sont de moins en moins légendaires. Cependant, ce genre est marqué par un fort paradoxe : alors que la prose semble être la forme la plus adaptée à transcrire le réel avec crédibilité et alors que la majorité des romans sont désormais écrits en prose, ces romans « réalistes » continuent à être écrits en vers (couplets octosyllabiques). Mais, ils disparaîtront progressivement devant le succès croissant des romans en prose.

Naissance du roman moderne

Au début de l’histoire du roman cohabitent deux traditions très contrastées.

*La première est celle du roman comique, engagée par Cervantès et Rabelais qui se poursuit tout au long du XVIIème particulièrement en France et en Espagne. C’est un roman résolument parodique et réaliste, qui se moque de la littérature noble et des valeurs établies.

*La seconde est l’héritière du roman de chevalerie et du roman grec. Elle revendique une certaine noblesse des sentiments et de l’expression et un style sérieux. Avec l’avènement du roman historique, le merveilleux qui caractérisait cette tradition est progressivement abandonné au profit du réalisme.

  • Au cours du XVIIIe siècle, ces deux traditions vont peu à peu fusionner pour donner naissance au genre que nous connaissons, avec son mélange caractéristique de sérieux et d’ironie.

Le roman au XVIIème siècle


 

Le roman souffre au XVIIème siècle d'un mépris quasi unanime. Il est  considéré comme un genre inférieur aux "grands genres" que sont la comédie, la tragédie et la poésie. Le roman est jugé immoral car donnant des exemples pernicieux, et source de mensonge; il est discrédité au nom de la frivolité de ses sujets et de ses lecteurs.  

Le roman baroque

Le roman baroque se développe au XVIIe siècle à la cour du Roi de France. C''est un roman sentimental et d'aventure, avec des accents champêtres (dans l'idylle) merveilleux, mythique. Deux amants sont séparés par le destin et se cherchent au cours d'aventures pleines de rebondissements imprévus au cours desquelles leur amour et leur détermination est mise à l'épreuve. Les amants se retrouvent à la fin ; leur amour est confirmé par les épreuves endurées.

Les romans baroques sont des textes très volumineux. Les dialogues amoureux y tiennent une place importante.

Le roman galant et historique

Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, on voit apparaître un nouveau type de roman qui s’oppose radicalement à l’esthétique du roman baroque. Il s’agit de « petits romans » très courts (par opposition aux milliers de pages du roman baroque), et d’un style résolument réaliste. Alors que le roman baroque se situait dans un passé mythique, ces romanciers empruntent leur sujet au passé historique. Dans le roman baroque, les aventures se déroulent entièrement dans la sphère de la vie publique. Dans le petit roman, c’est la sphère privée qui est mise au centre du récit. D’autre part ces petits romans s’opposent aux romans comiques par un ton sérieux et l’emploi d’un style élevé. Pour ces raisons, on peut considérer que ces romans marquent la naissance de la forme romanesque telle que nous la connaissons encore aujourd’hui, avec un intérêt certain pour la « psychologie des personnages.

Un exemple significatif est La princesse de Clèves, de Madame de Lafayette.


 

Le roman picaresque

Dans le roman picaresque, un héros miséreux et débrouillard (le picaro) traverse toutes les couches de la société au cours d’aventures pleines de rebondissements.

Le roman picaresque restera un modèle pour le roman ultérieur : Robinson Crusoé par exemple


 

Le roman au siècle des Lumières XVIIIéme

.Au cours du XVIIIème , le roman s'essaye à toutes les formes narratives dans un jeu littéraire permanent. Cependant, dans le premier tiers du XVIIIème, le roman reste un genre déconsidéré, facile et séducteur qui s'adresse aux femmes. Il reste fidèle à la tradition du roman héroïque.

 

Le roman épistolaire

Le roman par lettres ou roman épistolaire connaît une grande vogue à la fin du XVIIIe siècle. Ce style de roman bénéficie de la vogue pour la lecture de correspondances réelles et permet d’ajouter au roman un effet de réel qui correspond au goût nouveau du public. Le roman épistolaire exprime généralement les souffrances d'un amour impossible.

La naissance du roman épistolaire prend place avec la publication anonyme des Lettres persanes (1721) de Montesquieu.

Au XVIIIème siècle, toujours on voit apparaître le roman libertin et le roman philosophique qui mettent à profit la philosophie des Lumières pour attaquer l’ordre établi.

Le roman libertin : Laclos avec les Liaisons Dangereuses, Sade et son lot de jeunes filles bafouées (Justine)  Le genre explose littéralement entre 1740 et 1750. L'ambiguïté de ces romans réside dans la dénonciation, sincère ou non, du libertinage. Trop souvent la part belle est faite à la description des mécanismes libertins. 

Le conte philosophique : qui propose une forme narrative différente du roman, car il n'a aucun souci de réalisme, mais il contribue à la diversité littéraire, les œuvres de Voltaire, l'Ingénu, Candide, Zadig, etc.)


 

Le XIXème siècle


 

Après ces années où le roman est considéré comme un genre inférieur, frivole, le XVIIIème siècle voit l'essor du roman et le XIXème son triomphe. Le succès du roman va de pair avec la montée de l'individualisme bourgeois. Le héros est aux prises avec la société dans laquelle il évolue, et doit faire avec ses travers et ses vices. Il reflète les liens entre société et individu. Deux courants littéraires se développent, conformes à l'esthétique attachée au roman : le courant réaliste puis le courant naturaliste. Le premier est incarné par les œuvres de Balzac, Stendhal, Flaubert ; le deuxième par Maupassant et Zola.
 

À la fin du XVIIIème siècle , le roman est parvenu à sa maturité. Sa forme et son esthétique ne changeront plus


 

beaucoup jusqu’au XXe siècle. Le format des romans, le découpage en chapitres, l’utilisation du passé de narration et d’un narrateur omniscient forment un socle commun peu remis en question. Les descriptions et la psychologie des personnages deviennent primordiales.

Le roman réaliste et naturaliste

Le roman réaliste se caractérise par la vraisemblance des intrigues, souvent inspirées de faits réels, ainsi que par la richesse des descriptions et de la psychologie des personnages. On y rencontre des personnages appartenant à toutes les classes de la société et à plusieurs générations successives. Cette volonté de construire un monde romanesque à la fois cohérent et complet voit son aboutissement dans La Comédie humaine d’Honoré de Balzac. Ce projet aura une influence considérable sur l’histoire du roman notamment dans la première moitié du XXe siècle.

Outre Balzac, l'école réaliste française compte également Flaubert et Maupassant pour les naturalistes citons Zola.

Avec la généralisation de l’alphabétisation, le goût de la lecture touche maintenant les couches populaires, notamment au travers des éditions bon marché distribuées par colportage et du roman feuilleton. Parmi les auteurs populaires du XIXe, citons Sand et Dumas

Le XIXe siècle voit aussi la naissance de deux genres romanesques populaires : le roman policier avec Poe et le roman de science-fiction avec Vernes et H.G.Wells

XX ème siècle

Proust et Joyce

Avec A la recherche du temps perdu de Marcel Proust et Ulysse de James Joyce, c’est la conception du roman considéré comme un univers qui trouve son aboutissement. Ces deux romans ont également la particularité de proposer une vision originale du temps : temps cyclique de la mémoire pour Proust, temps d’une journée infiniment dilaté pour Joyce. En ce sens, ces romans marquent aussi une rupture avec la conception traditionnelle du temps romanesque inspirée de l’Histoire.

Le roman invraisemblable.

Au début du XXe siècle l’invraisemblable refait son apparition dans le roman ainsi que dans la nouvelle,il s’agit généralement d’une imagination sombre ou grotesque. Ainsi Franz Kafka plonge ses personnages dans un univers de cauchemar où l’on peut être condamné pour une faute qu’on n’a pas commise (Le procès, ou encore nommé à une charge qui n’existe pas (Le château, 1926). L’influence de Kafka sera profonde sur tout le roman du XXe siècle, et suscitera chez de nombreux écrivains une plus grande liberté face aux canons du réalisme.

Parmi les nombreux romanciers qui ont participé à ce renouveau de la littérature d’imagination, citons Boulgakov et Vian,

Le Nouveau Roman

Les premiers romans des années 1950 ont d’emblée marqué une rupture assez profonde avec certains traits du roman traditionnel, tels que la caractérisation des personnages, le respect de la chronologie, voire la cohérence logique du texte.Ces romans sont fréquemment réflexifs, en ce sens qu’ils mettent en scène l’aventure de l'écriture (ou de la lecture) aussi bien que l’intrigue romanesque.

Cette période est probablement celle où, dans toute son histoire, la forme romanesque a été la plus renouvelée.

 

Le roman aujourd’hui 

La place du roman dans les pratiques culturelles change profondément. Concurrencé par la radio, la bande dessinée, le cinéma, la télévision et internet, il perd son statut de reflet privilégié de l'époque. Les romans se font plus courts, reflétant la diminution du temps consacré à la lecture. L’offre se diversifie avec la multiplication de petites maisons d'éditions. Enfin, un marché littéraire mondial dominé par la production anglo-saxonne se met en place.

 

TEXTE 1

C'est l'hiver, Le roi Arthur et ses chevaliers viennent de quitter le château de Carlion , la nuit venue, ils s'arrêtent et dresse leur camp dans une prairie près de la forêt. Perceval qui se trouve à proximité regarde un vol d'oie sauvage, l'une d'elle est attaquée par un faucon, blessée elle gît à terre, Perceval est subjugué par la vue du sang sur la neige :

" [...] Cette oie était blessée au col d'où coulaient trois gouttes de sang répandues parmi tout le blanc. Mais l'oiseau n'a peine ou douleur qui la tienne gisante à terre. Avant qu'il soit arrivé là, l'oiseau s'est déjà envolé ! Et Perceval voit à ses pieds la neige où elle s'est posée et le sang encore apparent. Et il s'appuie dessus sa lance afin de contempler l'aspect, du sang et de la neige ensemble. cette fraîche couleur lui semble celle qui est sur le visage de son amie*. Il oublie tout tant il pense car c'est bien ainsi qu'il voyait sur le visage de sa mie, le vermeil posé sur le blanc comme les trois gouttes de sang qui sur la neige paraissaient.
[...] il est si perdu dans ses pensées devant les trois gouttes de sang qu'il ne connaît plus rien au monde.
[...] Perceval ne quittant des yeux les trois gouttes de sang encore s'appuie sur sa lance.
[...] le chevalier toujours appuyé sur sa lance, ne paraissant point se lasser d'un rêve auquel il se complaît. Mais à cette heure-là déjà le soleil brillant a fait fondre deux des trois gouttes de beau sang qui avaient fait rouge la neige et la troisième pâlissait.
Perceval sort de son penser. C'est lors que messire Gauvain met à l'amble son cheval et s'approche très doucement de Perceval comme un homme bien de chercher querelle. Il dit :
" Sire, je vous aurais salué si je connaissais votre nom comme je connais le mien. Mais tout au moins, je puis vous dire que je suis messager du roi ; que de sa part je vous demande et vous prie que vous veniez à sa cour pour lui parler.
- Deux hommes sont déjà venus. Et tous deux me prenaient ma joie et ils voulaient m'emmener, me traitant comme prisonnier. Ils ne faisaient pas pour mon bien. car devant moi, en cet endroit je voyais trois gouttes de sang illuminer la neige blanche. Je les contemplais. Je croyais que c'était la fraîche couleur du visage de mon amie. Voilà pourquoi je ne pouvais m'en éloigner."

TEXTE 2

«  Assis, vous étendez vos jambes de part et d'autre de celles de cet intellectuel qui a pris un air soulagé et qui arrête enfin le mouvement de ses doigts, vous déboutonnez votre épais manteau poilu à doublure de soie changeante, vous en écartez les pans, découvrant vos deux genoux dans leurs fourreaux de drap bleu marine, dont le pli, repassé d'hier pourtant, est déjà cassé, vous décroisez et déroulez avec votre main droite votre écharpe de laine grumeleuse, au tissage lâche, dont les nodosités jaune paille et nacre vous font penser à des œufs brouillés, vous la pliez négligemment en trois et vous la fourrez dans cette ample poche où se trouvent déjà un paquet de gauloises bleues, une boîte d'allumettes et naturellement des brins de tabac mêlés de poussière accumulés dans la couture.

Puis, saisissant avec violence la poignée chromée dont le noyau de fer plus sombre apparaît déjà dans une mince déchirure de son placage, vous vous efforcez de fermer la porte coulissante, qui, après quelques soubresauts, refuse d'avancer plus loin, au moment même où apparaît dans le carreau à votre droite un petit homme au teint très rose, couvert d'un imperméable noir et coiffé d'un chapeau melon, qui se glisse dans l'embrasure comme vous tout à l'heure, sans chercher le moins du monde à l'élargir, comme s'il n'était que trop certain que cette serrure, que cette glissière ne fonctionneraient pas convenablement, s'excusant silencieusement, avec un mouvement de lèvres et de paupières à peine perceptible, de vous déranger tandis que vous repliez vos jambes, un Anglais vraisemblablement, le propriétaire sûrement de ce parapluie noir et soyeux qui raie la moleskine verte, qu'il prend en effet, qu'il dépose, non point sur le filet mais au-dessous, sur la mince étagère faite de tringles, ainsi que son couvre-chef, le seul dans ce compartiment pour l'instant, un peu plus âgé que vous sans doute, son crâne bien plus dégarni que le vôtre.

 

 

TEXTE 3

RICA A IBBEN, À SMYRNE

Nous sommes à Paris depuis un mois, et nous avons toujours été dans un mouvement continuel. Il faut bien des affaires avant qu'on soit logé, qu'on ait trouvé les gens à qui on est adressé, et qu'on se soit pourvu des choses nécessaires, qui manquent toutes à la fois.

Paris est aussi grand qu'Ispahan. Les maisons y sont si hautes qu'on jurerait qu'elles ne sont habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu'une ville bâtie en l'air, qui a six ou sept maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée, et que, quand tout le monde est descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras.

Tu ne le croirais pas peut-être : depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore vu marcher personne. Il n'y a point de gens au monde qui tirent mieux parti de leur machine que les Français : ils courent ; ils volent. Les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syncope. Pour moi, qui ne suis point fait à ce train, et qui vais souvent à pied sans changer d'allure, j'enrage quelquefois comme un chrétien : car encore passe qu'on m'éclabousse depuis les pieds jusqu'à la tète ; mais je ne puis pardonner les coups de coude que je reçois régulièrement et périodiquement. Un homme qui vient après moi, et qui me passe, me fait faire un demi-tour, et un autre, qui me croise de l'autre côté, me remet soudain où le premier m'avait pris ; et je n'ai pas fait cent pas, que je suis plus brisé que si j'avais fait dix lieues.

Ne crois pas que je puisse, quant à présent, te parler à fond des mœurs et des coutumes européennes : je n'en ai moi-même qu'une légère idée, et je n'ai eu à peine que le temps de m'étonner.

Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne son voisin ; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre, et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.

TEXTE 4

Eugénie appartenait bien à de type d'enfant fortement constitués, comme ils le sont dans la petite bourgeoisie, et dont les beautés paraissent vulgaires ; mais si elle ressemblait à Vénus de Milo, ses formes étaient ennoblies par cette suavité du sentiment chrétien qui purifie la femme et lui donne une distinction inconnue aux sculpteurs anciens. Elle avait une tête énorme, et des yeux gris auxquels sa chaste vie, en s'y portant tout entière, imprimait une lumière jaillissante. Les traits de son visage rond, jadis frais et rose, avaient été grossis par une petite vérole assez clémente pour n'y point laisser de traces, mais qui avait détruit le velouté de la peau, néanmoins si douce et si fine encor que le pur baiser de sa mère y traçait ... passagèrement une marque rouge.

Son nez était un peu trop fort, mais il s'harmonisait avec une bouche d'un rouge de minium, dont les lèvres à mil le raies étaient pleines d'amour et de bonté. Le col avait une rondeur parfaite. Le corsage bombé, soigneusement voilé, attirait le regard et faisait rêver; il manquait sans doute un peu de grâce due à la toilette ; mais pour les connaisseurs, la non-flexibilité de cette haute taille devait être un charme. Eugénie, grande et forte, n'avait donc rien du joli qui plaît aux masses; mais elle était belle de cette beauté si facile à reconnaître,  et dont s'éprennent seulement les artistes. Le peintre qui cherche ici- bas un type à la céleste pureté de Marie, qui demande à toute la nature féminine ces yeux modeste ment fiers devinés par Raphaël, ces lignes ... souvent dues aux hasards de la conception, mais qu'une vie chrétienne et pudique peut seule conserver ou faire acquérir; ce peintre, amoureux d'un si rare modèle, eût trouvé tout à coup dans le visage d'Eugénie la noblesse innée qui s'ignore ; il eût vu sous un front calme un monde d'amour ; et, dans la coupe des yeux, dans l'habitude des paupières, le je ne sais quoi divin. Ses traits, les contours de sa tête que l'expression du plaisir n'avait jamais altérés ni fatigués, ressemblaient aux lignes d'horizon si doucement tranchées dans le lointain des lacs tranquilles. Cette physionomie calme, colorée, bordée de lueur comme une jolie fleur éclose, reposait l'âme, communiquait le charme de la conscience qui s'y reflétait, et commandait le regard...


 

 

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